Samedi 13 mars à 20h30, le cœur du Grand Amphithéâtre de la Sorbonne s’emplit petit à petit. L’obscurité tombe sur une assemblée de près de 500 personnes. La scène s’illumine. Immédiatement la magie opère. L’intrigue se met en place.
Les décors, qui paraissaient jusqu’alors fades, se transforment peu à peu en autant de cascades, de forêts, et même en nef de cathédrale, comme sculptés par la lumière. Les interprètes servent le texte de Jean Giraudoux avec générosité. On sent leur plaisir, sans doute perçoivent-ils le nôtre en retour. L’illusion et le fantastique sont au rendez-vous. Martin Barral, violoncelliste virtuose, interprète une sonate de Vivaldi qui fait vibrer l’air du Grand Amphithéâtre, avant d’accompagner le Choeur. Fruit de la collaboration entre les ateliers Théâtre et Chorale, les chants exaltent la pureté des émotions. « Comme les chœurs antiques qui ajoutent à la dramaturgie, ils sont là pour renforcer et appuyer les textes », explique le metteur en scène Annick Guillemin, « Jean-Paul Bosselut de l’atelier Chorale a fait le choix des chants tirés du répertoire d’Henry Purcell ». La scène 11 de l’acte II où la Reine Yseult, interprétée par Eve Marine Poncelet et Ondine, Léa Cressent, est forte et intime. « Je ne voulais plus personne sur scène qu’Yseult et Ondine pour pouvoir entrer dans cet univers de femmes » confie Annick Guillemin. Humour également présent avec notamment l’interprétation remarquée du Roi des hommes par Roland Mastrippolito, et celle de Rachel Minto, étudiante britannique ERASMUS, qui campe un juge aussi terrible qu’inflexible. Quant à Nadir Messaoudene, il interprète un pêcheur avec sa gouaille méditerranéenne et ensoleillée. Si vous vous demandez à qui appartient l’ombre chinoise dansante et lascive, projetée au centre de la scène, il s’agit de celle de Perrine Koster, qui tient par ailleurs le rôle d’Eugénie. Bertha, jouée avec espièglerie par Kim Le Van Suu, est un contre-point parfait à la prestation de Léa Cressent (« Ondine »). L’ensemble des comédiens, choristes et musicien ont donné une prestation de qualité, cohérente, et enthousiaste.
L’alchimie de l’équipe de Cassiopée fonctionne à merveille et la transmutation du texte de Jean Giraudoux est un succès. Seule ombre au tableau, l’acoustique particulière du Grand Amphithéâtre, à laquelle les interprètes n’ont pas eu le temps de s’adapter.
Souhaitons un accueil aussi chaleureux à la prochaine production de Cassiopée, « les 10 petits nègres » d’après Agatha Christie.
* Source : Commentaires de Colette Weil, « Ondine » aux éditions Le Livre de Poche.
Photo : Laurent Lathieyre - Droits réservés
Ondine, une fable merveilleuse
Les coups de cœur guident Annick Guillemin dans le choix des œuvres, et Jean Giraudoux est l’un de ses auteurs préférés. « Ondine, c’est l’amour même, ou plutôt l’amour est sa nature. Elle va à l’encontre du pacte des Ondins avec force et détermination. On a trop tendance à ne pas respecter ce que l’on ne connaît pas, en cela c’est aussi un magnifique hymne à la nature. Mais aussi une pièce qui parle de l’incapacité à la compréhension entre hommes et femmes, de la non-communication qui prête à tous les malentendus. » nous confie-t-elle. Le texte poétique, d’une grande richesse, semble effectivement ne laisser personne indifférent.
Cassiopée en coulisses
La création de Cassiopée est le résultat d’un travail d’équipe de près de deux ans, à une cadence soutenue d’une ou deux répétitions par semaine et d’un stage intensif au printemps. D’abord choisir le texte puis distribuer les rôles, mettre en place l’organisation et définir les responsabilités pour les décors, les accessoires, les costumes, la régie, les éclairages. Les comédiens commencent par découvrir les rôles, puis l’ambiance générale suivie par le rythme de la pièce. Enfin seulement commencent les répétitions. « Le metteur en scène, qui a en général une vision très claire mais aussi très floue du travail à réaliser, doit pouvoir proposer aux autres, tout en restant à leur écoute, et en étant attentif à l’atmosphère au sein de la troupe. » explique Annick Guillemin. « L’apprentissage des textes ne présente aucune difficulté majeure pour les étudiants, habitués aux exercices de mémorisation » précise Annick Guillemin. Pour information le rôle du chevalier, présent dans 21 scènes (sur 30) a 745 lignes de texte, Ondine, quant à elle, en a 922*.
Distribution
Annick Guillemin – adaptation et mise en scène
Jean-Paul Bosselut – direction musicale de la Chorale
Martin Barral – violoncelliste
Paul Baudron – régie Cassiopée
Et, par ordre alphabétique :
Carole Baissac – une ondine, courtisane ; soprane ; costumes
Arnaud Belly – le page
Léa Cressent – Ondine ; dossier de presse
Delphine Darnaudet – une ondine, une courtisane ; soprane
Guillaume Ferry – Bertram ; ténor ; finances
Matthieu Geffroy – le poète, le second juge ; accessoires,
Jean-Michel Guillon – le chambellan ; assistant metteur en scène
Perrine Koster – Eugénie, une ondine ; maquillages
Julie Lesieur – une ondine, une courtisane ; alto ; costumes
Kim Le Van Suu – Bertha ; soprane ; costumes
Roland Mastrippolito – Auguste, le Roi des hommes ; basse ; président Cassiopée
Léa Mastrippollito – une ondine
Nadir Messaoudene – le pêcheur
Rachel Minto – le premier juge
Orianna Perru – une ondine, une courtisane ; alto
Mickaël Pigne – le chevalier ; accessoires
Eve Marine Poncelet – la Reine Yseult ; soprane ; dossier de presse
Jean-Philippe Prissette – les Roi des Ondins ; basse ; responsable régie Cassiopée
Françoise Renaldo – une ondine, une courtisane ; alto
Flore Skaza – Violante, une ondine, une courtisane ; soprane ; direction musicale de la Chorale
Pascal Taillandier – le surintendant ; basse ; direction musicale de la Chorale
Annelyse Thevenin – une ondine, une courtisane ; soprane
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