Le PSG et le Bayern Munich renoncent à rejoindre la Super League

L’absence du PSG et du Bayern Munich dans un projet comme la Super League est embarrassante pour ses organisateurs.Les deux finalistes de la dernière édition de la Ligue des champions ne participeront pas à la nouvelle compétition européenne, dévoilée dans la nuit de dimanche à lundi. Pourtant, le PSG et le Bayern Munich viennent d’offrir l’un des duels les plus étincelants et suivis de la saison, une double confrontation qui a marqué les esprits. Et malgré cette performance, la Super League se passera de certains des joueurs les plus en vue d’Europe, à l’image de Robert Lewandowski, qui pointe au troisième rang des buteurs historiques de la Ligue des champions. Neymar et Kylian Mbappé, têtes d’affiche du PSG, ne fouleront pas non plus les pelouses de cette nouvelle ligue. À la place, on retrouve Arsenal, absent de la Ligue des champions depuis 2017, l’AC Milan, dont la dernière apparition dans la compétition remonte à 2013, ou encore Tottenham, qui n’a plus soulevé le trophée de champion d’Angleterre depuis 1961. Dans ce contexte, la déclaration de Joel Glazer, co-président de Manchester United et vice-président de la Super League, affirmant que ce tournoi rassemblera « les meilleurs clubs et joueurs du monde pour se mesurer tout au long de la saison », sonne creux. Le refus du PSG et du Bayern Munich, deux géants incontestés de leur championnat, révèle en creux la nature de cette Super League. Difficile d’y voir autre chose qu’une échappée anglaise, la Premier League alignant à elle seule deux fois plus de clubs que n’importe quelle autre ligue représentée. Ce déséquilibre en dit long sur l’état d’esprit qui entoure la création de ce projet : il s’agit d’abord pour certains de garantir une place au soleil, d’éviter la menace permanente de ne pas se qualifier pour les compétitions européennes qui font vivre les clubs. Mais avant de tresser des lauriers au PSG et au Bayern Munich, il faut s’arrêter un instant : leur choix est-il vraiment vertueux, ou simplement logique au vu de leur situation actuelle ?

Qu’est-ce qui retient le PSG et le Bayern Munich hors de la Super League ?

On pourrait s’étonner que le PSG et le Bayern Munich, chacun largement dominateur dans leur ligue nationale, ne soient pas tentés par une compétition plus lucrative et prestigieuse. Pourtant, c’est bien là que le bât blesse : la Ligue 1 et la Bundesliga leur offrent un confort inégalé. En France, Paris n’a laissé que des miettes à la concurrence depuis une décennie, ne ratant que très rarement la qualification pour la Ligue des champions. Côté allemand, le Bayern file tout droit vers un neuvième sacre consécutif, et sa présence parmi l’élite européenne ne fait jamais débat.

L’écart financier avec leurs poursuivants est tel que leur domination semble solidement ancrée. Même lors de la saison 2016-2017, quand le PSG a laissé filer le titre, son absence de la Ligue des champions n’a jamais été envisagée. Pour ces deux clubs, la Ligue des champions est une routine, presque une formalité. À comparer, la situation des clubs anglais est autrement plus incertaine. Liverpool, par exemple, doit cravacher pour valider sa présence parmi les quatre premiers ; Chelsea n’est pas assuré de décrocher son ticket ; Manchester United, pourtant quasi-incontournable, a déjà été éliminé en phase de groupes cette saison, et a manqué la qualification trois fois sur les six dernières années. Même Manchester City, pourtant ultra-performant, n’a raté la Ligue des champions qu’en 2008. Ce climat d’incertitude explique pourquoi la Super League séduit autant de clubs anglais : elle leur garantirait un siège permanent à la table des grands, loin de la loterie d’une qualification européenne à reconquérir chaque saison.

Regardons de plus près les équipes de Premier League embarquées dans le projet : Arsenal et Tottenham, par exemple, voient leurs chances de retrouver la Ligue des champions s’amenuiser à chaque saison qui passe. L’AC Milan, autre participant, n’a plus goûté à la compétition depuis 2013. Ces clubs cherchent une échappatoire à la pression du classement, une façon de sécuriser leurs revenus et leur exposition internationale.

Grands matchs, recettes garanties

Ce qui fait vibrer le football, pour beaucoup, c’est la possibilité de l’imprévu. Mais pour les dirigeants, la stabilité des revenus prime sur l’aléa sportif. Les grands matchs remplissent les caisses, que ce soit grâce à la billetterie, aux droits TV ou à la vente de maillots. Chelsea, par exemple, engrange plus de recettes en Ligue des champions avec un stade plus petit que celui d’Arsenal, tout simplement parce que le prestige de la compétition attire davantage et permet de vendre plus cher chaque place.

À mesure que les droits TV nationaux plafonnent, la nécessité de garantir de grands rendez-vous européens devient plus pressante. Les clubs anglais l’ont compris : pour rester compétitifs financièrement, il leur faut multiplier les affiches de prestige, ce que le format actuel ne permet pas toujours. Seules les quatre premières équipes du championnat anglais se qualifient pour la Ligue des champions, laissant donc sur le carreau deux membres du « Big Six » à chaque saison.

Pour le PSG et le Bayern, la donne est différente. Leur modèle économique repose sur des revenus réguliers issus du championnat et de la Ligue des champions, mais aussi sur des partenariats et des sponsors séduits par la perspective d’un succès quasi assuré. Ils peuvent garantir à leurs partenaires une visibilité européenne chaque année, sans avoir à bouleverser le statu quo. Pourquoi, dès lors, prendraient-ils le risque de rompre un équilibre qui leur profite ?

Il suffit parfois de regarder l’affiche d’un quart de finale PSG-Bayern pour mesurer ce que perd la Super League en s’en privant. À trop vouloir sécuriser leurs arrières, certains clubs anglais pourraient bien se retrouver dans une ligue fermée, mais privée de saveur. Le football n’a pas encore dit son dernier mot : qui osera encore affirmer que les grands rendez-vous ne se jouent que sur invitation ?

Auteur : Zak Garner-Purkis

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