Pourquoi le portugais s’est imposé comme langue officielle au Brésil

Lorsque vous vous rendez en France, la langue officielle et le français. Lorsque vous vous rendez au Royaume-Uni, la langue officielle est l’anglais. Lorsque vous vous rendez en Italie, la langue officielle est l’italien. Lorsque vous vous rendez en Espagne, la langue officielle est l’espagnol. Lorsque vous allez au Brésil, la langue officielle est… Portugais. C’est un détail qui m’a toujours intrigué, d’autant plus que le Brésil est un vaste pays qui couvre encore près de la moitié du continent sud-américain. Comme je l’ai demandé, je suis retourné loin dans son l’histoire et plus précisément la période de sa découverte. C’est là que se trouve la source de ce fait inhabituel…

L’histoire du Brésil

Oubliez la carte postale du Brésil : derrière l’image de plages éblouissantes, de forêts denses, de carnavals effervescents et d’une cuisine métissée, se cache un passé chahuté. Comprendre pourquoi le portugais s’est enraciné à ce point, c’est remonter le fil d’une histoire bien plus dense qu’il n’y paraît.

A lire aussi : La langue parlée à Madagascar et son importance culturelle

Tout démarre en 1500. Cette année-là, le roi du Portugal, Dom Manuel Ier, décide de frapper fort en lançant une expédition d’envergure vers l’Inde, après le succès de la route ouverte par Vasco de Gama. Il arme 13 navires, une flotte taillée pour la grandeur.

Parmi ces navires, on retrouvait les suivants :

A lire en complément : Les véritables raisons du conflit au Sahara occidental

  • Le galion Trindade, São Pedro, Espera et Vitoria, tous parvenus jusqu’en Inde avant de rentrer à Lisbonne.
  • Les caraques Espirito Santo, Fro de la Mar et Santa Cruz, qui, elles, sombreront en 1511.
  • Anunciada, dont l’histoire reste plus discrète.
  • Le Berrio, célèbre pour avoir déjà servi lors du voyage de Vasco da Gama.
  • L’El-Rei, vaisseau amiral de l’escadron.

À la barre de l’El-Rei, Pedro Alvares Cabral, un noble portugais, commandait l’ensemble. Cette armada comptait plus de 1 000 marins, soldats et aventuriers.

L’expédition était prévue pour durer dix-huit mois. Avant le grand départ, le roi exige une messe solennelle. La flotte lève l’ancre le 9 mars 1500, cap sur l’Inde, avec pour mission d’ouvrir de nouveaux comptoirs sur l’océan Indien, Calicut, Sofala, Cananor. Vasco de Gama, le pionnier, leur avait transmis un mot d’ordre : ne jamais perdre le vaisseau amiral de vue. À chaque changement de cap, deux salves de canon devaient retentir, suivies des réponses des autres navires. Malgré toutes ces précautions, la houle et les vents n’ont pas ménagé la flotte : plusieurs bateaux se sont égarés, certains ont disparu, seuls quelques-uns sont allés au bout de leur mission, dont le navire amiral.

La découverte de Vera Cruz par Pedro Alvares Cabral

Après une escale aux Canaries le 14 mars, puis au Cap-Vert le 22, la flotte subit sa première perte mystérieuse : le 23 mars, un navire disparaît. Malgré cela, le reste de l’expédition poursuit sa route vers l’inconnu.

Le 22 avril, l’équipage aperçoit une terre couverte d’arbres au loin, une vision qui tranche radicalement avec la monotonie de l’Atlantique : « terra chã, com grandes arvoredos : ao monte ». Cabral baptise ce nouveau rivage « Terra da Vera Cruz », la Terre de la Vraie Croix. Un promontoire, visible depuis la mer, reçoit le nom de Monte Pascoal.

Le 24 avril, la flotte cherche un lieu propice pour accoster. Finalement, ils trouvent un abri naturel qu’ils nomment « Cabralia Bay ». Les marins s’y installent quelques jours et tentent un premier contact avec la population locale. Cabral accueille quelques chefs indigènes à bord. Fascinés par les objets précieux, l’or, l’argent et même les perroquets, les Portugais y voient la promesse de richesses inexplorées.

Durant ces jours d’observation, le choc entre les deux mondes est immense. Le 26 avril, une messe est célébrée sur ce sol tout juste revendiqué par la couronne portugaise, et Cabral y plante une croix, symbolisant la prise de possession officielle. Les autochtones découvrent alors, pour la première fois, les rites religieux européens.

Le 2 mai, la flotte reprend la mer, direction l’Inde. Mais un navire repart aussitôt pour Lisbonne, chargé d’annoncer la découverte de cette nouvelle terre.

Pedro Alvares Cabral

Pedro Alvares Cabral, héritier d’une grande famille de Belmonte, voit le jour en 1467 ou 1468, et meurt à Santarém entre 1520 et 1526. Navigateur de talent, il reçoit la lourde tâche d’étendre l’œuvre de Vasco da Gama en Orient. Pourtant, c’est vers l’ouest que sa renommée s’ancre : il reste dans l’histoire comme celui qui a officiellement révélé le Brésil au monde européen.

Capitão-mor, commandant en chef, de la deuxième grande expédition portugaise vers l’Inde, Cabral ne s’attendait pas à poser le pied sur un nouveau continent. Mais c’est bien lui qui baptise la « Terre de la Vraie Croix », et qui fonde la première ville du Brésil, Porto Seguro. Si Vasco da Gama a ouvert la voie vers l’Inde, Cabral, lui, a offert au Portugal une terre immense et inattendue.

Les premiers occupants du Brésil

Lorsque Cabral jette l’ancre au Brésil en 1500, la région n’est pas vierge d’habitants. Deux grands groupes amérindiens occupent alors les lieux :

  • Les Tupinambas, installés entre l’embouchure du Rio São Francisco et Camamu,
  • Les Tupiniquins, présents de Camamu jusqu’à la région correspondant aujourd’hui à l’État d’Espirito Santo.

Un peu plus à l’intérieur des terres, les Aymores étendaient aussi leur territoire. Ces peuples, arrivés sur le sol brésilien dans les deux siècles qui ont précédé l’arrivée des Portugais, formaient déjà une mosaïque complexe de langues et de cultures. Découvrez également la baie de Camamu au Brésil.

Colonisation portugaise

À peine débarqués, les Portugais s’emploient à exploiter ce nouveau monde et à y imposer leur autorité. Dès 1501, ils découvrent un bois dense, au rouge incandescent : le pau-brasil, ou bois-brésil. Cette essence précieuse donnera bientôt son nom au pays, « Brasil », adopté dès la même année.

Au fil des trois siècles suivants, le Portugal ne cesse de renforcer sa présence. La cour royale elle-même s’y réfugie quand la métropole est menacée. Sur place, une société hybride se forme, issue du brassage entre Portugais, Amérindiens, esclaves africains et migrants d’autres horizons. Cette diversité marque la culture, mais la langue portugaise s’impose, portée par la puissance coloniale.

En 2000, les 500 ans de la découverte du Brésil ont ravivé le débat : célébrer Cabral, c’est aussi faire comme si l’histoire du pays commençait avec les Européens. Pourtant, la mémoire des peuples autochtones, installés bien avant 1500, reste largement méconnue.

  • En savoir plus sur l’histoire du Brésil

Pour beaucoup, l’arrivée des Portugais signifie surtout l’ouverture d’une période sombre pour les Amérindiens. Accaparement des terres, exploitation féroce, esclavage, guerres et propagation de maladies inconnues déciment les populations indigènes. Cette tragédie pousse les colons à se tourner vers l’Afrique pour fournir la main-d’œuvre qui façonnera la société brésilienne de demain.

Le portugais s’est imposé au Brésil au fil des siècles, non seulement par les armes et le commerce, mais aussi parce qu’il est devenu le fil conducteur d’une nation multiple, forgée dans le tumulte de l’histoire. Aujourd’hui, du nord au sud, c’est cette langue qui résonne, héritage d’un long voyage qui a bouleversé un continent.

Les plus lus