Comment se rendre de Versailles à Paris ?

3

Pour les voyageurs qui ont séjourné plusieurs semaines à Paris à la fin du XVIIe siècle, le château de Versailles a été une étape incontournable pour les lieux à visiter dans la région. Déjà à cette époque, la réputation de la maison de Louis XIV n’était plus à faire. Versailles était située à 4 lieues de Paris, soit 16 kilomètres (pour vous rafraîchir la mémoire sur les mesures de distance à l’époque, c’est ici !) , et il y avait plusieurs façons de s’y rendre. Depuis l’installation définitive de Louis XIV et de sa cour à Versailles en 1682, le transport de passagers à destination et en provenance de Paris est rapidement devenu un marché très lucratif.

Au château, ce sujet est à l’honneur jusqu’au 25 février 2018 avec l’exposition « Visiteurs de Versailles » que nous vous invitons à découvrir !

A lire en complément : Quel est le pays le plus meurtrier au monde ?

De divers moyens de transport

Lire également : Comment traverser le tunnel sous la Manche en voiture ?

Détails de la carte Turgot avec la rue Saint-Nicaise, 1734-1739 Source gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France (cliquez sur l’image pour accéder à sa source en Gallica)

De la même manière que l’on peut désormais se rendre à Versailles depuis Paris de plusieurs façons (RER C, ligne N ou L, voiture ou vélo pour les plus sportifs), quiconque souhaitait se rendre à Versailles au tournant du XVIIIe siècle avait à sa disposition, selon son sac à main, différentes possibilités.

Si vous n’avez pas eu la chance de posséder un véhicule personnel et que vous n’avez pas eu le courage de vous y rendre à pied, un comptoir à Paris offrait différents types de transport. Il était situé sur la rue Saint-Nicaise dans le quartier du Louvre, une rue qui a disparu au XIXe siècle lors des transformations effectuées sous Napoléon Ier.

Illustration illustrée à Versailles, « Voitures publiques à Versailles sous l’Ancien Régime » par Paul Fromageot, 1900 Source Centre de recherche du Château de Versailles (cliquez sur l’image pour accéder à l’article dans la base de données bibliographique du CRCV)

Troisième possibilité, si vous n’aviez pas la chance d’avoir une telle somme d’argent : vous aviez toujours la Coche de Versailles où entre douze et seize personnes pouvaient s’accumuler. Vous aviez le choix entre la coche suspendue (plus confortable) avec 12 sièges et la coche non suspendue avec 16 sièges. Depuis Paris, il a fallu environ quatre heures pour atteindre Versailles car, selon un auteur allemand, Nemeitz, les cochers avaient malheureusement tendance à s’arrêter dans toutes les auberges de la route pour boire un verre. De plus, la coche n’était pas couverte sur les côtés, les voyageurs étaient exposés aux aléas climatiques (vent, soleil, pluie) et à la poussière. L’avantage était que vous n’avez payé que 30 sous pour la coche suspendue ou 25 pour la coche non suspendue (soit 18,75€ à 22,50€). Cette solution était trois fois moins cher que la voiture quatre places.

Enfin dernière possibilité : si vous aviez le pied marin et l’envie de naviguer, une coche d’eau a quitté le Pont-Neuf à 8 heures du matin et vous a embarqué pour Sèvres où il fallait continuer à pied jusqu’à Versailles. Vous n’aviez plus que huit kilomètres à parcourir et de grandes chances d’arriver les chaussures avec un coup de vent…

Une route encombrée

Les voyageurs de l’époque témoignent de la foule qui se dépêchait sur la route entre Paris et Versailles. Le flux des voitures dépendait évidemment de ce qui allait à Versailles. Lorsque Louis XIV et sa cour s’installent définitivement dans le château, la circulation s’intensifie et Nemeitz parle alors d’une cinquantaine de voitures qui vont et viennent entre la capitale et la résidence royale. Lorsque Louis XIV meurt en 1715 et que commence la régence du jeune Louis XV, la cour s’installe à Paris et Versailles est déserte. Nemeitz nous apprend qu’il ne restait plus que quatre ou cinq voitures Paris tous les jours pour Versailles. En 1723, lorsque Louis XV décide de retourner à Versailles, le trafic reprend son essor. Les prix varient au cours de ces différentes périodes en fonction de l’évolution de l’offre et de la demande. Les taux cités ci-dessus correspondent aux années du début du règne personnel de Louis XV, c’est-à-dire les années 1720.

Gravure datant des années 1800, c’est-à-dire après la Révolution, montrant l’embarquement et le débarquement des voyageurs vers des destinations de Versailles, Saint-Cloud, Neuilly, etc. Source British Museum © Trustees of the British Museum — CC BY-NC-SA 4.0 (cliquez sur sur l’image pour accéder à sa source sur le site Web de la BM)

Un privilège et un marché lucratif

Tout le monde n’avait pas le droit de louer une voiture. L’autorisation devait venir du roi, ce qui s’appelait un privilège. En résumé, vous avez bénéficié de l’exclusivité d’une partie d’un marché. À partir du moment où le roi a fréquenté Versailles de plus en plus assidûment, une nouvelle institution a été créée : la société des voitures qui suit la Cour. Ceux-ci font le voyage exclusivement entre Paris et le lieu où se trouvaient le roi et sa cour, que ce soit Fontainebleau, Saint-Germain, Compiègne ou Versailles. Avec l’installation définitive de Louis XIV à Versailles, toutes les voitures publiques qui circulaient entre Paris et Versailles auraient été privilégiées après la Cour et leur exploitation était entre les mains d’une seule personne. Par conséquent, il était interdit à toute autre entreprise ou individu de louer des autocars et de concurrencer celui qui avait ce privilège. Si on vous attrapait, vous seriez condamné à une amende de 500 livres (7 500€ !) et la confiscation de vos voitures et chevaux, des sanctions très dissuasives mais qui n’ont pas arrêté les fraudeurs !

Une nouvelle qui brille dans la société : la Coche de Versailles ou les carabas

La Coche de Versailles, mentionnée plus haut, s’appelait aussi le carabas, surnommé d’après le nom du marquis de Carabas. Souvenez-vous, celui des contes de Perrault… ! Dans The Kicked Cat, à la mort d’un vieux meunier, le plus jeune des fils reçoit un chat doué d’un discours qui le dissuade de le manger pour lui faire profiter de son intelligence. Par la suite, l’animal, présentant son maître à tous comme le marquis de Carabas, réussit par sa ruse à lui faire acquérir la fortune, un château et la main de la princesse du royaume (rien de moins !). Grâce à lui, le jeune homme devient le marquis de Carabas. Le coach de Versailles, mal à l’aise, sale et misérable, a été surnommé ironiquement « carabas » en référence au mauvais état du fils du meunier.

Enfin, une citation de Louis-Sébastien Mercier sur les carabas décrivant les conditions de voyage de ceux qui l’ont emprunté :

« Quand les Carrabas marchent sur la route royale, l’équipage leste, passant comme un éclair, le regarde avec pitié. Ce Carrabas ne semble pas conduire les gens vers une cour brillante. S’il fait beau, on y est grillé ; s’il pleut, on est trempé comme de la soupe. C’est dans cet état que nous débarquons les Parisiens désireux de voir la majesté du trône, devant le magnifique château et la porte dorée du riche souverain. »

Louis-Sébastien Mercier, Peinture de Paris, Volume 6, 1782-1788.

Maintenant que vous savez comment vous rendre à Versailles, bienvenue au château ! Dans un prochain article, je vous parlerai de ce que vous pourriez y voir et des personnes que vous pourriez y rencontrer. Patience !

Vue du château de Versailles, gravure de Pierre-Jean Mariette Source Centre de recherche du château de Versailles © Bibliothèque municipale de Versailles (cliquez sur l’image pour accéder à sa source dans la banque d’images du CRCV)

Si vous voulez en savoir plus sur la route royale et les voitures publiques, je recommandez ces lectures :

  • Paul Cheese, « Les voitures publiques à Versailles sous l’Ancien Régime », Versailles illustré, 1900 (lien vers l’article).
  • Joachim Christoph Nemeitz, Séjour de Paris, 1727 (lien vers le livre).

Pour les conversions de sommes en euros, je vous invite à lire l’article Wikipédia. La grille de conversion de la livre en euro, selon qu’elle soit comparée au prix du métal ou au pouvoir d’achat, reste un sujet qui fait l’objet de débats parmi les historiens. Je vous exhorte donc à faire attention. Ce qui est certain, c’est que vous pourriez manger dans une auberge « bas de gamme » (pain, bière, viande) pour 5 centimes. Un voyage à la Coche de Versailles vous a donc coûté trois repas, ce qui était relativement élevé.